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19 avril 2024

28e Festival de Pâques de Deauville - vendredi 19 avril 2024
Salle Elie de Brignac-Arqana -

Les interprètes : Shuichi Okada, Pierre Fouchenneret, Manuel Vioque-Judde, Caroline Sypniewski, Bumjun Kim, Théo Fouchenneret

FRANZ SCHUBERT

Quintette pour deux violons, alto et deux violoncelles en do majeur D. 956 op. posth. 163

Œuvre à nulle autre pareille dans la production schubertienne comme dans la musique de chambre du début du xixe siècle, le Quintette à cordes D. 956 frappe par son envergure dans ses dimensions et dans sa formation. L’ajout d’un deuxième violoncelle à l’effectif traditionnel du quatuor n’a pas pour seul effet de déplacer le centre de gravité du groupe vers son registre grave ; l’ensemble acquiert une densité nouvelle, quasi orchestrale, et permet une richesse des plans sonores que Schubert exploite à merveille. Quant à l’architecture de l’ouvrage, elle prend une ampleur inédite, chaque mouvement ayant des proportions impressionnantes. Mais l’œuvre ne souffre pas de sa longueur ; dès les premières mesures, le compositeur joue avec le temps, donne l’illusion d’une lenteur contemplative alors que la pulsation de l’Allegro ma non troppo est déjà bien en place. Le reste de ce Quintette monumental s’appuie sur un foisonnement d’idées musicales mais plus encore sur la solidité de leur organisation, Schubert entretenant un fort jeu d’oppositions et de contrastes qui permet au texte de prendre les dimensions d’une épopée.
L’écriture des thèmes a également son rôle dans la tenue de l’ensemble, le compositeur trouvant les moyens de tisser des phrases proustiennes avant l’heure. Plongé dans ses innombrables lieder en cette funeste année 1828, Schubert a-t-il voulu profiter du souffle infini des archets pour écrire ce que la voix humaine ne pouvait pas réaliser sans respirer ? Difficile à dire, les circonstances de composition de l’ouvrage restant imprécises. Toujours est-il que les mélodies, bien qu’étirées, ne perdent aucunement leur expressivité : répondant aux inquiétants assauts qui ne tardent pas à se faire entendre dans le premier mouvement, le fameux duo des violoncelles offre une parenthèse d’une tendresse bouleversante, à l’abri du temps qui passe. Quant au choral distendu de l’Adagio, il est aussi miraculeux qu’inhabituel chez le maître des lieder ; dans un premier temps, seul le rythme pointé du premier violon, au-dessus des nuées, donne au propos une évidente signature schubertienne. Soudainement tempêtueux et torturé, le passage central du mouvement rappelle ensuite les chevauchées fantastiques d’autres œuvres du compositeur.
Le troisième mouvement concentre les changements d’humeur typiques de Schubert, poussés ici dans leurs registres extrêmes : encadré par un scherzo triomphant, le trio dépouillé est entrecoupé de silences graves. Le finale s’ouvre sur un refrain enlevé et rustique. Malgré sa grande richesse mélodique, le mouvement pourrait s’affaisser après les tensions fortes des épisodes précédents ; le compositeur relance alors une dernière fois la machine dans une conclusion più presto, apothéose virtuose d’un opus spectaculaire et surprenant jusqu’à la dernière note.

***

ANTONÍN DVOŘÁK

Quatuor pour piano et cordes n° 2 en mi bémol majeur op. 87

Le 10 août 1889, depuis le domaine verdoyant de Vysoká, non loin de Prague, Antonín Dvořák avoue avec une forme de surprise à son ami Alois Göbl que l’écriture de son deuxième Quatuor pour piano et cordes dépasse ses espérances : « J’en ai la tête pleine, si seulement je pouvais l’écrire instantanément ! […] Cela se passe plus facilement que prévu et les mélodies me viennent en nombre ». Il est vrai que la richesse des idées est une des caractéristiques de l’ouvrage : loin de l’opposition binaire qui est souvent de mise dans les mouvements lents, le Lento est par exemple particulièrement raffiné, commentaires et thèmes secondaires apportant des nuances subtiles dans la lutte entre le chant suspendu du violoncelle et la tempête furieuse d’un quatuor en fusion. Même chose dans le troisième mouvement qui ne se contente pas d’une alternance entre une douce valse et une partie centrale martiale : Dvořák ajoute ici un thème tzigane mélancolique, là de riches contrechants ou motifs d’accompagnement typiques des musiques traditionnelles (le ricochet des archets, le jeu percussif dans l’aigu du piano qui évoque le cymbalum). Le finale prend le contrepied des mouvements précédents, marquant les esprits non par le foisonnement des idées mais bien par la capacité à donner de multiples facettes à un même motif extrêmement simple (les cinq premières notes du mouvement), le faisant passer en un clin d’œil de la danse rustique à la mélopée nostalgique.
De manière générale, on sent que le compositeur est parvenu à un niveau de maîtrise impressionnant, qui lui permet d’être à la fois très original et très efficace dans le traitement d’une formation qui a pourtant des prédécesseurs prestigieux (Robert Schumann, Johannes Brahms…). Il vient d’achever son opéra Le Jacobin, s’apprête à écrire sa Symphonie n° 8, sait faire chanter les instruments et orchestrer un collectif, doser l’apport d’éléments populaires et manier une forme savante. Le trajet des premières mesures de son Quatuor op. 87 est ainsi une démonstration d’ingéniosité, Dvořák s’aventurant dans d’inattendus chemins de traverse entre la déclamation péremptoire des premières notes et l’affirmation du thème en gloire. À l’autre extrémité du mouvement, on trouve un des gestes-signatures du compositeur, qui laisse s’éteindre la matière sonore avant de raviver brusquement la flamme dans une conclusion spectaculaire. Le Quatuor op. 87 sera créé et édité en 1890. L’année suivante, Dvořák partira à la conquête du Nouveau Monde.

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19 avril 2024
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À (RÉ)ÉCOUTER

Franz Schubert (1797 - 1828), Quintette pour deux violons, alto et deux violoncelles en do majeur, D. 956 op. posth. 163

Antonín Dvořák (1841 - 1904), Quatuor pour piano et cordes n° 2 en mi bémol majeur, op. 87

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